AVIS : Puisqu'il y a ici de jeunes personnes, je comprends tout à fait la nécessité qu'il y a à préciser qu'exprimer n'est pas chercher à convaincre, et qu'expliquer le sens qu'on peut donner à ce qui est dangereux n'est pas pousser à prendre des risques. Chacun est d'accord ici pour dire que fumer à 15 ans ou même à 30 pour se faire mousser n'a rien de bien profond ni de défendable, et que l'argument sanitaire, en ce cas, l'emporte en effet. Pour le reste, je voudrais exprimer mon simple point de vue, qui n'oblige personne, même pas moi-même, puisque comme chacun sait, il n'y a que les ilmbéciles qui ne changent pas d'avis, et que je ne prétends pas avoir achevé une fois pour toute l'examen de ces questions.
oui, trouvez d'autres accessoires que la cigarette, le jour où on vous dira de vous mettre un flingue sur la tempe (désolé s'il y as une faute), vous le ferez ? disons que dans ce cas, le flingue est juste un peu plus éloigné de votre tempe (bis) ... reste a savoir si la visée est bonne ou pas.
Edit : ce message n'est pas un message "anti-fumeurs" vous faites ce que vous voulez, par contre je trouve ridicule qu'on ce pose la question de savoir si une cigarette ou autre est classe ...
Je comprends qu'on puisse le prendre ainsi, néanmoins, je crois que la différence entre nos points de vue recouvre une différence beaucoup plus fondamentale, esthétique, voire même philosophique.
Penser que le tabac, l'alcool, la boxe, conduire vite ou entrer en couvent sont des choses "simplement absurdes", c'est à mon sens réduire des choses à un domaine qui leur est tout à fait étranger. L'ivresse, la violence et la mortification sont des choses certes dangereuses, mais pas pour autant dénuées d'intérêt. L'intérêt immédiat n'est pas tout.
Penser que le tabac est un poison qu'on ne choisit jamais, c'est penser que l'esthétique est une matière abstraite, détachée des lois de l'existence physique, sociale, sexuelle.
Je vais tenter d'illustrer mon propos point par point.
1. La masculinité et la féminité, en tant que sublimation de problématiques simplement sexuelles, font l'objet concret d'une esthétique. Une femme en robe, ce n'est pas un paysage d'été, ou un objet finement ouvragé. C'est une mère, une soeur, une femme, un objet sexuel ou simplement un être humain. Aussi, penser que les habits n'ont pas de genre, ou que la virilité et la féminité sont de pures constructions, c'est à mon sens rater ce qui fait tout leur sens : leur valeur humaine et subjective.
2. La situation sociale se sublime dans le goût, et n'a pas grand chose d'abstrait et d'arbitraire. Un verre de vieux Jurançon, ce n'est pas du jus de fruit fermenté. C'est un terroir, des codes de dégustation, du partage, des amis, un repas, un rapport à la vie sociale (dire qu'on boit de la Suze, du Pastis ou de la Veuve-Cliquot, c'est dire quelque chose de son milieu, de son histoire, et des circonstances) et physiologique (le goût, le plaisir, la nutrition). Analyser chimiquement ou médicalement l'effet du verre de Jurançon, c'est ne rien comprendre à tout ce qui fait le goût pour le vin.
3. Quand à la mort, la maladie, elles sont aussi l'objet d'une mise en scène esthétique, en l'occurence vestimentaire. Les couleurs sombres, brassards, les chapeau, voiles, cannes, sont autant d'accessoires qui possèdent un sens plus profond que le simple "c'est joli", "ça me plait", "j'aime bien", "c'est la mode". Ils traduisent des pulsions morbides, romantiques, pessimistes, des rapports à la mort (couleur de deuil), au handicap (les cannes ornementées restent des instruments de marche), à la maladie (le tabac, l'alcool). (A contrario, les couleurs gaies disent autre chose, mais là n'est pas mon propos).
Je ne voudrais pas déballer de grandes théories un peu ridicules, d'autant que je comprends tout à fait qu'on pense que la santé passe toujours avant "le style". Mais c'est à mon sens prendre le terme de "style" dans une acception beaucoup trop étroite et effectivement réductrice (le paraître ne serait qu'un masque de l'être, seule vérité , en ce sens, ce serait un travestissement et un mensonge). C'est aussi, peut-être, faire preuve d'hygiénisme. Beaucoup de gens ont des vies qu'ils jugent inutiles ou mornes, et ne souhaitent pas du tout vivre 120 ans, surtout si c'est pour se faire chier. Là -dessus, l'art est parlant, et je renvoie à la chanson postée plus haut, de Berthe Sylva (que Renaud a d'ailleurs repris en son temps, si vous trouvez le style trop daté).
Fumer, c'est mettre sa santé en danger, griser son teint, errailler sa voix, et le montrer. Beaucoup de choses agréables ou indispensables dans la vie sont dangereuses ou usantes (à commencer par faire des enfants si l'on est une femme).
Je veux simplement éclairer le fait que faire quelque chose d'a priori absurde, et montrer qu'on le fait, c'est plein de sens, et ça dit quelque chose qui n'est pas réductible à "c'est absurde que tu fumes" ou au contraire "je le fais parce que j'aime ça".
Christian Lacroix garçon-boucher, ce n'est plus Christian Lacroix. de Gaulle basketteur, ce n'est plus de Gaulle. Et Gainsbourg non-fumeur, ce n'est plus Gainsbourg.
Ce que je veux dire concrètement, c'est que la vision de plus en plus détachée que l'on a de la beauté humaine (mannequinat, épilation, vision toujours sanitaire des choses) me semble très appauvrissante. La beauté n'est pas que dans la santé, l'harmonie des courbes, le sent-bon. Il y a de la beauté aussi chez les vieux, les gueules cassées, les femmes grosses, les hommes velus et suants. C'est à dire qu'il y a de la beauté dans l'homme et dans la vie humaine. Et pas simplement dans la beauté des formes, dans l'hygiénisme, les régimes et les bons sentiments. Il y a de la beauté dans ce qui tue ou ce qui meurt - et donc aussi dans le tabac, qui demeure d'ailleurs une métaphore de l'existence (ou de l'amour) :
On va griller une cigarette, l'amour ça se prends, et puis ça se jette(Léo Ferré,
Vingt Ans)